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Logo UN Cérémonie de lancement du Rapport mondial sur le développement humain (RMDH) 2006

 

Discours de Mme Cécile Molinier, Représentante Résidente du PNUD Nouakchott, le 21 novembre 2006

Monsieur le Ministre des Affaires Économiques et du Développement,

Messieurs les Ambassadeurs,

membres du corps diplomatique et représentants des organisations internationales

Chers Collègues Chefs d’agences du SNU,

Mesdames et Messieurs,

C’est un réel plaisir pour moi de prendre la parole devant vous à l’occasion de la cérémonie officielle de lancement du rapport mondial du PNUD sur le développement humain pour l’année 2006. Comme vous le savez, ce rapport est le seizième d’une série de rapports mondiaux sur le Développement humain dont le premier avait été publié en 1990. Cette série de rapports s’appuie sur un cadre conceptuel novateur centré sur l’Indice de Développement Humain (IDH) comme mesure composite et consensuelle de la qualité de vie des populations prenant en compte l’ensemble des capacités essentielles, monétaires et non monétaires, nécessaires à une vie décente et épanouissante pour l’Homme.

Ce cadre normatif du Développement humain se reflète aujourd’hui dans la vision plus vaste exprimée par les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) adoptés par la communauté internationale lors du premier sommet du Millénaire de septembre 2000 et réaffirmés à l’occasion de la seconde édition de ce sommet mondial tenue en septembre 2005. Les OMD, structurés autour de 8 objectifs, 16 cibles suivies à l’aide de 48 indicateurs, apparaissent ainsi comme une vision cohérente et globale d’un développement solidaire et durable pour l’Humanité toute entière à l’horizon 2015. L’édition 2006 du rapport qui nous réunit aujourd’hui, aborde les thèmes de l’eau et de l’assainissement auxquels sont directement consacrés la cible n°10 des OMD et les indicateurs 29 et 30.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Elaborée comme ses devancières par un groupe d’experts indépendants, l’édition 2006 du rapport est intitulée «  la coopération internationale à la croisée des chemins : Au-delà de la pénurie : Pouvoir, pauvreté et la crise mondiale de l’eau.» En effet, le rapport présente la problématique de l’accès à l’eau salubre et à l ‘assainissement comme l’un des défis majeurs auxquels le monde fait face à l’heure actuelle. Le document innove en analysant la crise mondiale de l’eau non pas seulement sous l’angle usuel de la pénurie mais en englobant les dimensions de santé, d’accessibilité financière et d’équité. Ainsi les auteurs du rapport rappellent que les huit Objectifs du Millénaire pour le Développement sont étroitement liés entre eux. Par conséquent, si nous ne parvenions pas à atteindre l'objectif relatif à l’eau et à l’assainissement, soulignent-ils, l'espoir de réaliser les sept autres objectifs s'évanouirait rapidement.

Le fait est que dans plusieurs parties du monde, il y a encore loin de la coupe aux lèvres en ce qui concerne l’atteinte de la cible OMD relative à l’eau potable et à l’assainissement. A cet égard, deux régions auxquelles appartient la Mauritanie apparaissent particulièrement en retard : Si les tendances actuelles se maintenaient, l’Afrique subsaharienne n’atteindrait l’objectif relatif à l’eau qu’en 2040 et l’objectif relatif à l’assainissement en 2076. De leur côté, l es États arabes ont accumulé, en matière d’eau, un retard de 27 ans. Dans une grande partie du monde en développement, l’eau insalubre menace bien plus la sécurité humaine que les conflits violents. Chaque année, 1,8 million d’enfants meurent de diarrhée, une situation qui pourrait être évitée en donnant à chacun accès à l’eau potable et à des toilettes. Par ailleurs, 443 millions de jours de scolarité sont perdus chaque année en raison de maladies véhiculées par l’eau, et près de la moitié de toutes les personnes qui vivent dans les pays en développement souffrent à un moment donné d’un problème de santé dû au manque d’accès à l’eau et à l’assainissement. Outre ces coûts humains, la crise de l’eau et de l’assainissement freine la croissance économique, l’Afrique subsaharienne perdant de la sorte 5 % de son PIB annuel, soit bien plus que l’aide reçue par la région.

Mieux encore, le rapport constate, cruelle ironie, qu’en milieu urbain notamment l’eau est souvent beaucoup plus chère pour les populations pauvres que pour les couches aisées. Ainsi, les populations pauvres habitant les bidonvilles de Nairobi paient généralement 10 fois plus cher le litre d’eau que les personnes riches vivant dans la même ville. D’ailleurs, cette réalité est bien connue en Mauritanie où l’écart de coût de l’eau est important entre les quartiers périphériques de la capitale et ceux du centre ville. Les foyers les plus pauvres de Jamaïque, du Nicaragua et du Salvador consacrent en moyenne 10 % de leurs revenus à l’eau. Par contraste, au Royaume-Uni, on considère un taux supérieur à 3 % du revenu des ménages consacré à l’eau comme un indicateur de pauvreté économique.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

A ces contraintes liées à l’équité, à l’accessibilité financière et géographique de l’eau, s’ajoute celle engendrée par les perturbations climatiques et l’intensification de la concurrence autour de l’eau qui viennent ainsi alourdir le fardeau des populations pauvres. Outre l’usage domestique qui en est fait, l’eau sert également à la production. Les pauvres ont ainsi besoin d’« eau source de vie » pour cultiver les produits alimentaires destinées à l’auto-consommation et pour gagner leur vie. Pourtant, les agriculteurs pauvres font face à une crise de l'eau potentiellement catastrophique en raison de la combinaison du changement climatique et de la concurrence liée à des ressources en eau rares, précise à juste titre le rapport.

Le changement climatique menace d’accentuer l’insécurité de l’approvisionnement en eau à une échelle sans précédent, certaines parties de l’Afrique subsaharienne risquant des pertes de cultures pouvant atteindre 25 %. Parallèlement, la concurrence pour l’eau servant à cultiver des aliments ne cesse de s'accroître à une vitesse inquiétante dans les pays en développement, le pouvoir économique et politique, et non les préoccupations relatives à la pauvreté, jouant un rôle moteur.

Promouvoir les droits des pauvres des zones rurales, les faire bénéficier d'un accès accru à l'irrigation et aux nouvelles technologies et les aider à s'adapter aux changements climatiques inévitables : autant d'actions impératives pour empêcher le désastre. Etant donné son acuité et son impact négatif sur le bien-être des populations et la sécurité humaine, la crise mondiale de l’eau et de l’assainissement requiert d’urgence une action énergique tant au niveau national qu’international.

Au niveau national, le Rapport suggère ainsi de faire de l’accès à l’eau salubre un droit de l’Homme à part entière et propose que soit établi le droit fondamental de tout être humain à disposer d’au moins 20 litres d’eau potable par jour, comme c’est le cas par exemple en Afrique du Sud où ce droit est inscrit dans la Constitution. Ces 20 litres d’eau doivent être fournis gratuitement aux personnes trop pauvres pour se les payer. Le manque d’eau et l’absence d’un système d’assainissement de base constituent une atteinte quotidienne à la dignité humaine, inadmissible au 21 ème siècle, c’est pourquoi ce thème doit être également abordé à travers l’approche droit . A cet effet, le rapport recommande de mettre au point des stratégies nationales en matière d’eau et d’assainissement : Les auteurs font valoir que les gouvernements devraient avoir pour objectif de consacrer au moins 1 % du PIB à l’eau et à l’assainissement et de renforcer l’équité.

L’eau et l’assainissement ne bénéficient pas souvent des financements requis. En général, les dépenses publiques dans ce domaine sont inférieures à 0,5 % du PIB. Les recherches menées pour le RMDH 2006 montrent que ce chiffre est dérisoire au regard des dépenses militaires : en Éthiopie, par exemple, le budget militaire représente 10 fois le budget alloué à l’eau et à l’assainissement — et 47 fois au Pakistan.

Pour accompagner les efforts nationaux, le rapport en appelle à la mise en place d’un plan d’action mondial. Une aide accrue et ciblée des partenaires au développement est nécessaire, c’est pourquoi le rapport lance un appel particulier en direction des pays membres du G8. A cet égard, le document évalue les besoins de financement extérieur additionnels à 3,4 milliards de dollars qui devraient s’ajouter aux 4 milliards accordés annuellement à l’eau et à l’assainissement dans les pays en développement à travers les mécanismes de l’aide au développement.

Globalement, le rapport estime que pour atteindre l’OMD relatif à l’accès à l’eau et à l’assainissement, il faudrait investir quelque 10 milliards de dollars de plus par an au plan international, avec un effort comparable au plan national. Ce chiffre représente moins de cinq jours de dépenses militaires mondiales et moins de la moitié des dépenses annuelles en eau minérale des pays riches.

Enfin, dans sa partie relative aux statistiques générales du développement, le rapport met l’accent sur le les disparités de revenu entre nations et au sein même des pays qui continuent d’entraver les progrès dans de nombreux domaines y compris celui de l’eau et de l’assainissement. Il est éloquent de constater, par exemple, que les revenus cumulés des 500 individus les plus riches de la planète dépassent désormais ceux des 416 millions de personnes les plus pauvres.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Le lancement de ce rapport doit nous servir d’occasion pour nous remémorer le fait que, malgré les progrès accomplis en particulier dans le domaine de l’eau potable, de l’éducation, et du Genre, la Mauritanie demeure un pays à faible niveau de développement humain (avec un IDH de 0,486 correspondant au 153è rang sur les 177 pays classés par le Rapport mondial sur le Développement Humain de 2006 au lancement duquel nous procédons aujourd’hui).

Dans le domaine particulier de l’eau, il est encourageant de constater qu’en plus des progrès en termes de couverture réalisés par la Mauritanie, des outils de programmation importants aient été mis en place à l’image du plan directeur pour l’eau et l’assainissement, présenté à la Table Ronde sectorielle, tenue en juin 2006. En matière d’assainissement, en revanche, les investissements sont encore loin de répondre aux besoins prioritaires.

Par ailleurs, des cibles des OMD aussi importantes pour le thème du Développement Humain Durable que celles relatives à la santé et à l’environnement sont dans le rouge, c’est-à-dire ne seraient pas atteintes en 2015 si les tendances actuelles se maintenaient. C’est pourquoi, des efforts additionnels doivent être fournis en direction de la satisfaction des besoins essentiels des populations, en particulier dans les deux secteurs que je viens de citer, la santé et l’environnement, à travers notamment l’allocation optimale des ressources nouvelles générées par l’exploitation pétrolière et par les initiatives d’annulation des dettes bilatérales et multilatérales dont a bénéficié la Mauritanie.

Je vous remercie de votre attention.

 


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© 2003 Nations Unies en Mauritanie. -- Dernière mise à jour le 21/11/2006
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