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Discours du Coordonnateur Résident à l’occasion des assises nationales de concertation sur la mise en oeuvre du Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP)
Mercredi, 30 janvier 2002
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En tant que Coordonnateur du Système de Nations Unies, je voudrais avant tout vous exprimer au nom de toutes ses organisations nos remerciements pour nous donner l’occasion de vous adresser ces quelques mots aujourd’hui.

Comme nous l’avions souligné à l’occasion des assises tenues en décembre 2000 pour préparer le CSLP, la première année du millénaire a marqué un tournant dans la lutte contre la pauvreté. C’est, en effet,  en décembre 1999 que l’ensemble des chefs d’état et de gouvernements de la planète se sont engagés lors de l’Assemblée générale de Nations Unies à réduire la pauvreté de moitié d’ici 2015 en poursuivant huit objectifs spécifiques connus sous le nom d’objectifs du millénaire, les MDG.  La Mauritanie a fait preuve d’une grande détermination à cet égard puisqu’elle a su faire adopter un CSLP début 2001, assurer immédiatement son démarrage et qu’il nous est demandé un an plus tard d’en examiner déjà les premiers résultats.

Il est clair qu’on ne peut prétendre faire reculer la pauvreté en un an de façon mesurable. Ce qui nous est donc demandé aujourd’hui c’est davantage de tirer les enseignements de cette première année afin de prendre tout de suite les mesures qui pourraient accroître l’efficacité et l’impact de la mise en œuvre du CSLP. C’est donc sur quelques-unes de ces leçons que nous voudrions attirer l’attention.

L’année 2002 démarre dans des conditions qui sont, à notre avis, radicalement différentes de celles qui prévalaient en 2001 lors du démarrage du CSLP.  En effet, beaucoup de réformes, de mesures ou de décisions essentielles ont été prises au cours de cette année qui créent un contexte plus favorable à la lutte contre la pauvreté.  Je citerais, à titre d’exemple et dans le désordre, la stratégie d’accès universel aux services de base, l’école obligatoire pour tous, des élections législatives et municipales transparentes, le démarrage d’un programme de bonne gouvernance et d’un programme de sensibilisation et de formation en matière de Droits de l’Homme, la décision d’étendre le programme  Assaba à d’autres communes et celle de lancer un programme dans l’Aftout.  La société civile elle-même ne ressemble plus à ce qu’elle était en 2001 après une année d’efforts pour renforcer ses capacités et la faire participer à la préparation et à l’exécution des programmes de développement.  Je suis d’ailleurs certain que sa participation au cours de ces deux journées d’assise le démontrera avec éclat.

Si l’impact de tous ces changements sur la pauvreté ne se fera sentir qu’à moyen ou à long terme, nous pensons néanmoins qu’ils sont à la fois indispensables et appropriés pour créer les conditions d’une lutte efficace et durable contre la pauvreté. C’est d’ailleurs pourquoi, comme j’ai eu l’occasion de le souligner lors de la réunion du  Groupe Consultatif à Paris, l’engagement personnel et continu du chef de l’Etat lui-même sur une vision du développement national et sur des programmes à long terme, constitue un atout déterminant pour leur réussite, atout d’autant plus précieux qu’il est peu fréquent à travers le monde.   

Pour toutes ces raisons, nous soutenons l’idée que la Mauritanie devrait bénéficier dès cette année et au plus tôt, des avantages définitifs accordés par l’initiative PPTE2 pour la réduction de sa dette.  Il nous paraît que c’est une condition pour que le la lutte contre la pauvreté en Mauritanie s’inscrive résolument  dans une perspective de long terme, grâce à une maîtrise de ses ressources. Cette sécurité est particulièrement importante pour plusieurs chantiers prioritaires, notamment pour le programme Bonne Gouvernance, pour l’accès aux services de base, pour l’amélioration du système éducatif et pour l’accès aux nouvelles technologies, domaines où seules des actions conçues au niveau sectoriel et sur le long terme peuvent contribuer à faire  reculer durablement la pauvreté.

Un corollaire de cette nécessité d’une perspective à long terme est la nécessité d’une stabilité institutionnelle et politique, au moins pour ce qui concerne les principaux chantiers de la lutte contre la pauvreté et ceux qui lui créent un environnement favorable.  En effet, rien ne serait plus dommageable que les coups de boutoir créés par des variations inattendues dans les financements, dans le choix des programmes et dans les institutions.

Un autre corollaire est qu’un large consensus politique sur les programmes est indispensable, ce qui implique en retour un dialogue ouvert et bien documenté sur la pauvreté et sur les mesures prises ou prévues pour y remédier. Pour entretenir un tel dialogue, des efforts importants doivent être consentis afin d’organiser le suivi de la pauvreté, à la fois au plan global, au niveau du Commissariat à la lutte contre la pauvreté et dans les différents secteurs impliqués, et afin de diffuser largement les informations et les analyses économiques et statistiques.  En effet, au-delà de l’intérêt propre de systèmes de suivi et d’information efficaces pour la prise de décision, en particulier en vue de mieux cibler les programmes, de tels systèmes sont des instruments indispensables pour nourrir un dialogue ouvert, constructif et participatif sur la lutte contre la pauvreté, dialogue sans lequel un consensus national autour des politiques et programmes de lutte contre la pauvreté n’est pas possible.

Le Système de Nations Unies dans son ensemble est disposé à fournir tout l’appui qui est à sa portée pour renforcer les mécanismes de suivi, développer les systèmes d’information, faciliter la diffusion des informations et des analyses relatives à la pauvreté, ainsi que pour renforcer les capacités de la société civile afin qu’elle participe toujours plus activement et de façon constructive au dialogue national et à l’exécution des programmes à la lutte contre la pauvreté.

Monsieur le Ministre, il nous semble que l’expérience de 2001 fournit trois autres enseignements particulièrement pertinents.

Le premier, concerne la capacité d’intervention des acteurs de la lutte contre la pauvreté du secteur public et de la société civile.  Je ne parle pas ici de leur capacité propre, problème qui est traité par le programme de Bonne Gouvernance et par plusieurs initiatives spécifiques auxquelles le Système de Nations Unies est d’ailleurs associé.  Je veux plutôt parler de leur capacité à intervenir à l’intérieur du pays, là où se trouve la majorité de la population pauvre.  Il est en effet apparu que les capacités d’intervention des communes et des services décentralisés de l’Etat sont très insuffisantes pour faire face aux besoins, et que la société civile n’est pas assez présente à l’intérieur du pays.  Les efforts de l’Etat pour renforcer les capacités de ses services déconcentrés doivent donc être redoublés en 2002 et, de ce point de vue, certaines initiatives motivantes qui viennent d’être prises, par exemple dans le domaine de la santé, sont particulièrement heureuses.  D’autres mesures prévues pour la société civile, comme par exemple la mise en place d’un fond spécial pour financer les activités des ONGs en priorité à l’intérieur du pays et pour renforcer leur capacité à cette occasion, sont aussi excellentes, de même que, plusieurs initiatives visant à renforcer les capacités des communes.

Le deuxième enseignement que nous enseigne l’année 2001 c’est la nécessité de mieux appréhender la vulnérabilité des populations pauvres.  Cela apparaît clairement à travers les résultats des enquêtes conduites en 2001, et je pense notamment à l’enquête qualitative sur la perception de la pauvreté par les pauvres eux-mêmes, réalisée par le Système de Nations Unies avec l’ONS. Cette enquête met, par exemple, en exergue l’anxiété des pauvres face à l’insécurité alimentaire et à la dégradation de leur environnement. Mais cette leçon nous est donnée aussi de façon dramatique par la catastrophe climatique qui endeuille et va appauvrir davantage encore plusieurs régions déjà très pauvres du pays.  Ces enquêtes et ces événements montrent qu’il faut lutter contre la pauvreté non seulement pour faire sortir le plus possible de pauvres du champ de la pauvreté, mais aussi pour que les plus vulnérables d’entre eux puissent vivre dans des conditions décentes, en attendant de pouvoir eux-mêmes sortir du champ de la pauvreté.  Pour garantir cette décence, il faut concevoir des programmes spécifiques et bien ciblés, visant à réduire les disparités et toutes les formes de discrimination et prenant en compte les besoins des populations les plus vulnérables, les exclus et les marginalisés comme les enfants et les femmes issus des milieux défavorisés, les enfants vivant dans la rue, les handicapés ou les enfants en conflit avec la loi.

Lea troisième enseignement qu’il nous semble possible de tirer de l’expérience de l’année 2001, c’est l’impérieuse nécessité de renforcer rapidement les canaux d’information, d’éducation et de sensibilisation des populations et des acteurs de la lutte contre la pauvreté, qu’ils soient du secteur public ou de la société civile.   A cet égard, il nous paraît essentiel de recourir largement et de façon énergique, mais réaliste, aux nouvelles technologies de l’information au bénéfice du milieu rural ainsi qu’à la radio pour qui permet d’atteindre les zones les plus reculées, c’est à dire celles  où se trouvent précisément les populations les plus démunies.  Une véritable stratégie de communication sur la lutte contre la pauvreté, d’ailleurs à l’ordre de jour dans les programmes du Commissariat à la lutte contre la pauvreté, devrait être conçue et mise en œuvre rapidement par les principaux départements concernés. Une telle stratégie favoriserait la participation des plus pauvres, faciliterait le dialogue entre tous les acteurs de la lutte contre la pauvreté et renforcerait le consensus national autour des politiques et programmes correspondants.

Pour conclure, Monsieur le Ministre, nous voudrions partager notre conviction, en paraphrasant le titre d’un livre bien connu, que la mise en œuvre du CSLP est bien partie. La plupart des instruments et des conditions de sa réussite sont aujourd’hui remplies ou en voie de l’être et de nouvelles politiques sectorielles plus favorables aux pauvres sont en cours de  formulation, en particulier dans les secteurs des mines, de l’industrie, de la pêche, de l’agriculture, de l’élevage, de la micro finance et de la micro entreprise. Certes, beaucoup reste à faire pour que la lutte contre la pauvreté ait un impact visible sur toute l’étendue du territoire et pour tous, mais si nous savons tirer pleinement partie des leçons de l’année 2001, et ces assises ne manqueront pas d’en identifier plusieurs, la mise en œuvre du CSLP en 2003 pourra redoubler d’efficacité.

Le Système de Nations Unies, quant à lui, attend beaucoup des décisions déjà prises  et des changements envisagés. Il est prêt à leur apporter un concours diligent, en faisant tout ce qui lui est possible pour coordonner les efforts de chacune de ses organisations en association avec tous les partenaires.

Je vous remercie.
 


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© 2002 Nations Unies en Mauritanie. -- Dernière mise à jour le 11/02/2002
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