| |ACCUEIL | FAO | FNUAP | HCR | OMS | PAM | PNUD | UNICEF | BANQUE MONDIALE | ONUSIDA | |
| Présentation du cas Mauritanien à la réunion organisée par l'OMC pour faire le point de la mise en œuvre du "Cadre Intégré". |
|
|
|
INTRODUCTION Pour mettre en perspective mon exposé du cas mauritanien, je voudrais commencer par rappeler quelques données de base sur la Mauritanie. C'est pays peuplé de 2, 6 millions d’habitants vivant sur un vaste territoire de plus d’un million de Km2 aux trois quarts désertique, le dernier quart étant sahélien. La Mauritanie est un pays charnière entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique du Nord. La Mauritanie a une économie sous-industrialisée et encore très rurale. Elle appartient au groupe des pays pauvres les plus lourdement endettés. L’encours de sa dette est estimé à près de 2 milliards $ et son PIB par tête à 400 $. |
|
Le
taux réel de croissance moyen de l’économie sur la décennie
écoulée a été de 4,1%. La Mauritanie reste
néanmoins un pays à faible développement humain puisqu’elle
occupe le 147éme rang dans la classification des pays selon ce critère,
et que plus de 50% de sa population vit avec moins de 1 dollar par jour.
Au niveau politique, un processus de démocratisation est en cours depuis 1991 et on enregistre des progrès notables dans la gouvernance, même si cela reste son talon d'Achille. Après plus d’une décennie d’ajustement et des réformes structurelles, qui font de la Mauritanie un bon élève des IBW, l’Etat s’est largement désengagé des secteurs productifs. Des secteurs importants comme le commerce, les banques ou les assurances ont été complètement libéralisés. Les grandes entreprises publiques sont privatisées, ou en voie de l’être, et des réformes de seconde génération visant à impliquer davantage le secteur privé dans le financement et la gestion des infrastructures et la lutte contre la pauvreté sont mises en œuvre. On s’accorde donc à dire aujourd’hui que l’économie mauritanienne a achevé sa transition vers une économie libérale. La question que l’on a envie de poser tout de suite, si on me permet ce demi-jeu de mot, c’est : mais que va-t-elle faire de cette liberté retrouvée? A quelles conditions la libéralisation de l’économie et la remise en ordre des grands équilibres peuvent-elles se traduisent par des progrès durables ? Je voudrais tenter d’expliquer ici que l’une de ces conditions pour la Mauritanie est l’intégration du commerce dans ses politiques prioritaires. Pour vous faire partager cette conviction, je voudrais commencer par donner un très bref aperçu de l’histoire du commerce en Mauritanie, puis donner quelques caractéristiques de sa structure. APERÇU HISTORIQUE DES TRADITIONS COMMERCIALES La Mauritanie a de tout temps été une nation commerçante et ouverte, au point que l’on peut dire que sa culture et son histoire la prédisposent à cette activité, et qu’elle possède un réel avantage comparatif dans ce domaine. Le commerce est une activité considérée comme noble par la plupart des ethnies composant la société Mauritanienne. Cette valeur puise sans doute ses origines dans la tradition commerçante de l'Arabie du VIe siècle et son commerce caravanier bien connu : l'été avec la Syrie et la Palestine au Nord, l'hiver avec le Yémen au sud. Ne dit-on pas que le prophète Mahomet, avant la révélation, avait lui-même prit part à ce commerce pour le compte de sa future épouse Khadija ? L'ouverture extérieure de la Mauritanie est donc bien antérieure à l'épisode médiéval des comptoirs européens pré coloniaux. Déjà, huit siècles avant JC les chars romains descendaient jusqu'à Akjoujt et au-delà aux environs d'Aleg, pour y recueillir le cuivre qui manquait à l'artisanat de l'Empire. Plus tard, le commerce transsaharien allait permettre l'échange de métaux précieux en provenance des contrées aurifères des empires du Mali et du Ghana contre les étoffes européennes et autres verroteries de Venise. C’est ce commerce qui est à l’origine des grandes cités anciennes de la Mauritanie. Elles constituaient en effet les étapes de ces échanges entre le Soudan et l'Europe via la Mauritanie et le Maghreb. A la Renaissance, la Mauritanie entre avec le Vieux Continent dans une nouvelle ère d'échanges commerciaux intenses grâce au développement de l'armement maritime européen. Les Portugais furent les premiers au début du 16e siècle à découvrir les côtes Mauritaniennes et à y installer leurs comptoirs; puis vinrent les Hollandais puis les Français et enfin les Anglais. Les produits échangés étaient l'or, la gomme arabique, les plûmes d'autruche contre tissus et produits manufacturés européens. Le commerce de la gomme allait durer plusieurs siècles… A son indépendance en 1960, la Mauritanie allait poursuivre cette tradition d'ouverture en fondant son économie sur l'exportation du minerai de fer, option qui tranchait avec celles de plusieurs pays voisins tentés par l'auto-centrage économique. Au début des années 1980, l'exploitation des ressources halieutiques allait à son tour confirmer la vocation internationale de l’économie mauritanienne et l’orienter encore davantage vers le marché international, surtout vers le Japon et l'Europe. STRUCTURE DU COMMERCE MAURITANIEN Aujourd’hui, le secteur marchand exportateur se concentre presque entièrement, et pratiquement à parts égales, sur le minerai de fer et les produits de la pêche. Les exportations traditionnelles, dont l'élevage et la gomme arabique, ont pratiquement disparues et les exportations industrielles et artisanales sont insignifiantes. L’économie Mauritanienne reste néanmoins encore caractérisée par un haut degré d’ouverture puisque son commerce extérieur représentait 87% de son PIB en 1998. Cette ouverture est cependant fragile parce que les produits son très peu nombreux et soumis à de fortes fluctuations sur les marchés mondiaux, surtout les produits de la pêche dont la surexploitation est d’ailleurs aujourd'hui une forte préoccupation. La majeure partie de la consommation nationale est satisfaite par des importations, y inclus 50% des produits alimentaires. C’est de ces importations que se nourrit un commerce interne dynamique qui contribue pour environ 16 % du PIB. Les exportations mauritaniennes tendent à être fortement concentrées sur quelques marchés, notamment l’Union Européenne et le Japon. En revanche, les sources d’importation, de même que le type de produits importés sont plus variés, même si quelques 47% des importations mauritaniennes provenaient de l’Union Européenne en 1998. La Mauritanie exporte relativement peu vers ses pays voisins. La majorité de ses flux commerciaux sont constitués d’exportations de produits de la pêche. Les importations mauritaniennes en provenance des pays africains voisins (Mali, Sénégal, Gambie) sont peu importantes, mais plus diversifiées. Il est intéressant de noter que les importations en provenance des pays partenaires de l’UMA sont relativement plus importantes que celles en provenance d’autres pays africains. Ainsi, plus de 20% des importations mauritaniennes proviennent du Maghreb, contre moins de 13% du reste de l’Afrique On peut donc dire qu'en Mauritanie le commerce extérieur a été, et reste le moteur de l’économie et, qu’en dépits de sa fragilité structurelle, il constitue un véritable avantage comparatif pour le pays étant donné le savoir-faire accumulé par les hommes et femmes d'affaire mauritaniens et leur implantation dans le commerce national et sous régional. Comment se fait-il que dans
un pays qui s’est construit autour du commerce et y a acquis un véritable
savoir-faire, il faille encore se préoccuper d’intégrer sa
stratégie commerciale dans sa politique de développement?
CONTRAINTES Il faut d'abord souligner que le développement du commerce est soumis à de nombreuses contraintes communes à tous les secteurs de l’économie. Je citerais par exemple: (i) l’étroitesse du marché et la faiblesse de la demande, puisque le marché est constitué seulement 2,5 millions habitants avec un pouvoir d’achat faible et que plus de 50% de la population est en dessous du seuil de pauvreté (ii) le niveau élevé des coûts des facteurs, notamment de l’énergie.(iii) une inadaptation du système bancaire orienté vers le financement des opérations commerciales à rentabilité immédiate avec des taux d’intérêt bancaires de l’ordre de 30%, insupportables pour la plupart des entreprises (iv) une lourdeur administrative très excessive qui entraîne des coûts de transaction élevés (v) Une justice très lente et très peu performante (vi) un système d’incitation à l’investissement peu efficace (vii) un accès difficile à l’information sur le commerce international (viii) l’inadaptation du système de formation technique et professionnelle au commerce international (ix) des infrastructures de transport et de communication très insuffisantes. Bref, on pourrait ainsi prolonger l’énumération des contraintes générales auxquelles est confronté le développement économique et même y ajouter toutes celles qui sont propres à chaque secteur ; Mais ces quelques exemples me suffisent pour mettre en exergue la question suivante: Comment, dans un environnement aussi peu propice au développement des investissements et des affaires, est-il possible de mieux tirer parti de l’avantage comparatif de la Mauritanie en matière de commerce? Comment cette économie libérée à laquelle nous faisions allusion tout à l’heure pourrait-elle mieux tirer parti du commerce et favoriser son développement? STRATEGIE COMMERCIALE Cette question n’a pas échappé aux autorités mauritaniennes et à ceux qui les conseillent. Ils ont compris que, face à de telles contraintes, l’exploitation des atouts commerciaux du pays serait de plus en plus difficile dans un contexte de mondialisation et de pauvreté interne croissante. Ils ont donc voulu traduire leur volonté de développer le commerce en se dotant d’une stratégie commerciale fondée sur une analyse sérieuse de ses contraintes et de ses opportunités en vue de l'intégrer en bonne place dans le cadre des politiques économiques du pays.. Le processus de formulation d’une telle stratégie a commencé par une évaluation des besoins d’assistance technique réalisée en 1997 par une mission d’un expert de l’OMC sur financement de la Banque Mondiale. Cette mission a travaillé avec le Ministère du Commerce, le Ministère des Mines et de l’Industrie, la Banque Centrale, le Ministère des Finances et la Confédération des Employeurs ; et elle a préparé un rapport intitulé «évaluation des besoins d’assistance technique liée au commerce présenté par la Mauritanie : Réponses intégrées de la Banque mondiale, du CCI, de la CNUCED, du FMI, de l’OMC et du PNUD ». Il présente une matrice de 23 priorités. En décembre de cette même année 1997, l’OMC annonçait pour chacune de ces priorités quels étaient les engagements pris par les six organisations partenaires du Cadre Intégré. Cependant, un an et demi après, en juillet 1998, lorsque le gouvernement fit une revue de la mise en œuvre des 23 mesures qui avaient été arrêtées, force fût de constater que les résultats obtenus étaient timides puisque seulement 1/3 des mesures avaient été mises en œuvre. Pour accélérer l’exécution des mesures restantes, ainsi que pour renforcer l’engagement et élargir le cercle des partenaires, le gouvernement décidait donc en juillet 1998 d’organiser dans les meilleurs délais une table ronde sur le commerce pour y présenter un document cadre sur sa politique commerciale et un programme pluriannuel de coopération comportant une évaluation exhaustive et actualisée de ses besoins. Il décidait en même temps de faire précéder cette table ronde par des assises nationales en février 2000. Le PNUD ayant été désigné par le gouvernement comme chef de file pour organiser ces assises, j'avais fortement encouragé le Gouvernement à favoriser la participation du plus grand nombre de partenaires possible. J’avais notamment exprimé l’opinion que la participation de la Banque Mondiale à ces assises, et bien entendu, à la table ronde serait indispensable à leur succès étant donné son rôle dans la préparation du groupe consultatif et dans la gestion des ressources nationales. Ces assises se sont tenues en février 2000 pendant trois jours et ont été ouvertes par le Ministre du Commerce en présence du Gouverneur de la Banque Centrale et de trois autres ministres : celui des Affaires Economiques, celui des Finances et celui du Développement rural, afin de montrer l’importance que le gouvernement accordait à cette manifestation. Ces assises ont permis aux administrations publiques, aux opérateurs privés, aux partenaires au développement, au secteur privé et aux universitaires de mieux pendre conscience du rôle du commerce dans le développement national et de se concerter sur le contenu d’une stratégie de développement du commerce extérieur. Le PNUD a aidé à la préparation de ces assises en finançant plusieurs études et elles ont été encadrées et animées par L’OMC, la CNUCED, et le CCI. Les Assises ont abouti à la formulation d’une première esquisse de la stratégie commerciale et à recommander de l’approfondir avant la tenue de la table ronde. La mission Résidente de la Banque Mondiale, qui était pourtant invitée, n’a pas pris part au travaux. A la suite de ces assises, et afin d’accompagner le Gouvernement dans la préparation définitive de son document de stratégie commerciale, le CCI, grâce à un financement français, a pu prendre le relais de l’appui financier du PNUD pour soutenir la formulation d’un projet de stratégie commerciale suivant le canevas de rapport proposé par le Groupe du Cadre Intégré. Ce travail a permis de diagnostiquer les besoins d’assistance liés au commerce et d’élaborer les fiches projet qui en découlent Le projet de document sur la stratégie commerciale a fait l’objet d’un séminaire de validation qui s’est tenu à Nouakchott fin novembre 2000 dans les locaux de la Confédération Générale des Employeurs de Mauritanie (CGEM) avec une forte participation des partenaires nationaux et extérieurs de la Mauritanie. La Banque Mondiale n’y a cependant pas participé. Le rapport sur la stratégie commerciale est en cours de finalisation sur la base des discussions et des conclusions de cette consultation, et il sera présenté par le gouvernement lors de la table ronde qui devrait se tenir au cours de l’année 2001 à une date qui n’est pas encore fixée, mais qui tiendra compte de la tenue d’une réunion du groupe Consultatif programmée pour cette même année. STRATEGIE COMMERCIALE ET LE CSLCP Parallèlement à ce travail, le gouvernement préparait l’année dernière un Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLCP) pour bénéficier d’un allégement de sa dette dans le cadre de l’initiative dite PPTE 2. La Mauritanie a finalisé la semaine dernière ce CSLCP et va le soumettre à la fin de ce mois aux IBW. Ce document s’appuie sur un scénario volontariste de croissance forte, 6% par an, et compétitive, et il reprend certains axes de la stratégie commerciale. Il prévoit notamment une amélioration des performances des secteurs d’exportation prédominants et la recherche d’avantages comparatifs nouveaux, notamment par le développement du tourisme, la valorisation des produits agricoles et de l’élevage par leur transformation ainsi que la recherche de nouveaux débouchés. Cependant, il est intéressant de noter que le CSLCP, qui sera le principal outil de programmation des investissements dans les années à venir, ne fait pas allusion à la stratégie commerciale en cours de préparation par le Ministère du Commerce; ce qui est d’autant plus déconcertant que le CSLCP a été préparé avec une participation active du SNU et que nous avons explicitement attiré l’attention du Gouvernement sur ce que nous considérions comme une lacune préjudiciable à la stratégie du CSLCP. Je suis personnellement convaincu que le gouvernement percevant le CSLP comme un document clé pour la Banque Mondiale, a estimé plus prudent de s’abstenir de se référer à la stratégie commerciale quand il a compris, à l’occasion des assises, que la BM ne souhaitait pas une table ronde. En tous cas, sur la base de notre expérience dans d’autres domaines, nous pouvons affirmer avec certitude que si la Banque Mondiale n’avait pas manifesté son désaveu au processus de formulation de la stratégie commerciale, celle-ci aurait été intégrée en bonne place dans le CSLCP! Cette absence de référence à une stratégie commerciale est préoccupante. En effet, si les politiques de développement menées par la Mauritanie depuis plus d’une décennie et maintenant le CSLP, accordent une grande importance à la promotion du commerce et à la diversification de la base productive, le pays reste privé d’une véritable politique commerciale. La définition d’une telle politique est pourtant d’autant plus d’actualité que l’objectif de croissance retenu dans le CSLP n’a de chance d’être atteint que si le commerce extérieur s’améliore sensiblement, notamment par une meilleure intégration du cadre multilatéral. Elle est aussi d’autant plus d’actualité que le retrait de la Mauritanie de la CEDEAO et son processus d’intégration maghrébine vont entraîner d’importantes restructurations dont l’impact et les opportunités doivent être évalués. CONCLUSION En guise de conclusion, on peut dire que le PNUD et les agences du SNU s’occupant du commerce international ont aidé la Mauritanie depuis 1997 à prendre conscience de la nécessité de moderniser son commerce, de tirer parti des opportunités offertes par les profondes restructurations du commerce international et donc de s’informer et de se former aux nouvelles règles du jeu des échanges internationaux. Nous avons tous fait un plaidoyer intense dans ce sens, et le pays s’est engagé résolument dans cette voie en associant les principaux partenaires nationaux du secteur à la formulation d'une stratégie commerciale pour accompagner les changements résultant de la mondialisation de l’économie. On peut dire aujourd’hui que ces derniers sont sensibilisés aux nouvelles règles du commerce international. Avec les assises du commerce extérieur, une étape décisive a donc été franchie. Beaucoup reste cependant à faire ! Nous devons favoriser les échanges d'expérience et d'idées à l'échelle de la sous-région et internationale, nous devons avoir recours plus systématiquement aux médias nationaux et nous devons encourager des décideurs à débattre du commerce pour qu’ils prennent mieux la mesure des enjeux. En ce qui nous concerne, nous n’avons pas assez de ressources pour faire tout ce qui devrait être fait; mais nous sommes confiants que d’autres sauront apporter leur contribution pour y parvenir puisque le gouvernement a décidé de partager sa stratégie commerciale avec les partenaires du cadre intégré et avec ses autres partenaires en organisant une table ronde avant la tenue du Groupe Consultatif. Cette table ronde sera donc aussi une autre étape décisive; et ceci d’autant plus qu’elle permettra de mobiliser les ressources nécessaires à la mise en œuvre de la stratégie commerciale. Dans ces conditions, je suis convaincu que notre plaidoyer commun et cette Table Ronde permettront d’intégrer la stratégie commerciale en bonne place dans le prochain CSLP. Pour l’instant, c’est vrai, nous sommes un peu inquiets de cette absence, même si plusieurs ingrédients y figurent. En effet, cela pourrait amener à exclure le secteur commercial des cibles prioritaires pour l’allocation des ressources nationales, alors qu'il est évident que l’atteinte de l'objectif de croissance fixé par le CSLP, et donc la réussite de sa mise en œuvre, dépendent largement du secteur commercial . Je vous remercie.
|
| |ACCUEIL | FAO | FNUAP | HCR | OMS | PAM | PNUD | UNICEF | BANQUE MONDIALE | ONUSIDA | |
|
|