| |ACCUEIL | FAO | FNUAP | HCR | OMS | PAM | PNUD | UNICEF | BANQUE MONDIALE | ONUSIDA | |
| DISCOURS DU REPRESENTANT
RESIDENT DU PNUD A L'ATELIER DE PREPARATION DU
DOCUMENT DE LA MAURITANIE AU V FORUM SUR LA GOUVERNANCE EN AFRIQUE. (24 avril 2002) |
|
|
| Le PNUD et la Commission
Economique pour l'Afrique organisent dans le cadre de l’Initiative spéciale
du Système des Nations Unies pour l’Afrique, une série de
réunions avec des dirigeants africains, des donateurs, et des représentants
de la société civile africaine et du secteur privé
pour examiner un sujet considéré de grande importance pour
le continent africain, à savoir comment y améliorer la gouvernance.
Quatre réunions ont déjà eu lieu jusqu’à présent
; la cinquième se tiendra à Maputo cette année sur
le thème : Gouvernance locale et réduction de la pauvreté
en Afrique.
La Mauritanie a décidé de participer activement à ce Forum, et nous tenons à l’en féliciter vivement. En effet, le thème de ce forum est à notre sens au cœur de la problématique du développement de la Mauritanie, ce qui est d’ailleurs parfaitement reconnu par le Gouvernement qui place à la fois la lutte contre la pauvreté, la décentralisation et la déconcentration au cœur de ses priorités pour les dix années à venir, comme en témoignent le CSLP et la préparation en cours d’une nouvelle loi sur la décentralisation. Ce forum permettra à la délégation mauritanienne d’approfondir la réflexion sur les liens étroits qui unissent la lutte contre la pauvreté et la décentralisation. Il ne s’agit pas de réunir des délégations en les attirant par deux paradigmes à la mode, mais bien de voir comment et à quelles conditions une politique de décentralisation peut devenir un instrument efficace de lutte contre la pauvreté. Je voudrais à cet égard souligner la principale raison qui me semble être à l’origine de ce lien étroit unissant la lutte contre la pauvreté et la décentralisation. Nous savons tous que seule une approche multisectorielle de la lutte contre la pauvreté peut être efficace. Et nous savons tous aussi qu’une telle approche est très difficile à mettre en œuvre pour de multiples raisons, notamment d’ordre institutionnel. Or, la commune est le lieu le plus proche des populations où une approche intégrée a le plus de chance de pouvoir être suivie et réussie. Cette constatation n’est pas nouvelle, mais on n’a pas encore vraiment su en tirer les implications pratiques et institutionnelles qui transformeraient les communes en centre de gouvernance locale. On ne l’a pas su parce que le plus souvent les appareils politiques et d’Etat sont centralisés et que les mentalités et la réflexion des décideurs se forgent dans ce contexte centralisé. En même temps, il est souvent argué, de la faiblesse en ressources humaines et financières des communes pour affirmer qu’il serait déraisonnable de les prendre comme pivot des activités de développement de l’Etat, y inclus pour lutter contre la pauvreté. Cet argument est d’autant plus solide que la décentralisation de l’autorité requiert au niveau central comme aux niveaux des communes et des services déconcentrés de l’Etat des institutions performantes. Pourtant, aujourd’hui, il y a de nombreux exemples, y inclus en Mauritanie, qui démontrent amplement que les communes peuvent devenir réellement des centres de gouvernance locale et donc qu’elles peuvent jouer un rôle central dans la lutte contre la pauvreté. Ces succès sont dus à mon avis à deux raisons principales. La première, c’est
que seules des décisions prises avec la participation des populations
bénéficiaires peuvent être suivies d’effets durables.
Ceci est maintenant largement démontré. Or, la commune est
par son essence même l’interface entre l’Etat et la population et
donc le niveau à partir duquel peut être organisée
cette participation. En d’autres termes, en développant la capacité
de dialogue des communes, l’Etat se donne aussi le moyen nécessaire
à une démarche participative pour identifier, préparer
et mettre en œuvre ses programmes de développement et de lutte contre
la pauvreté.
Mais il y a une autre raison majeure sur laquelle vous me permettrez d’attirer votre attention, parce qu’elle est souvent passée sous silence. Il est maintenant largement prouvé que le moyen le plus efficace pour lancer un processus de développement communautaire durable était d’assurer une coordination étroite au niveau des communautés bénéficiaires entre les actions de l’Etat et de ses partenaires pour améliorer les infrastructures, l’accès aux services sociaux de base et les activités génératrices de revenu. Or l’expérience montre que cette coordination des efforts de l’Etat et des partenaires au développement ne peut se faire efficacement que si les communes deviennent les chefs d’orchestre de l’expression des besoins des communautés, de la programmation des investissements et de leur réalisation, notamment pour en assurer un suivi rapproché. Parce qu’elles sont à la fois le niveau auquel la participation des communautés peut être organisée et les investissements en leur faveur peuvent être coordonnés efficacement, les communes et plus spécifiquement le développement de leurs capacités devraient devenir une cible prioritaire des programmes de développement et de lutte contre la pauvreté. Malheureusement, le renforcement des capacités des communes est toujours un processus lent. Pour s’être précipités et avoir cru qu’il était possible de créer rapidement des capacités nouvelles, plusieurs pays ont rencontré des difficultés majeures dans la mise en œuvre de leur politique de développement. La loi cadre sur la décentralisation en cours de préparation garantira en Mauritanie cette perspective à long terme. Mais ce n’est pas suffisant. En effet, des communautés habituées à être prises en charge d’une manière ou d’une autre, n’ont pas de propension à s’approprier leur destin : il faut d’abord qu’elles acquièrrent la conviction qu’elles ont la possibilité de peser elles-mêmes sur leur futur, c’est seulement ensuite qu’elles seront à même d’utiliser effectivement de nouveaux moyens humains et financiers. Nous pensons à cet égard que la méthodologie mise au point dans plusieurs pays par le programme LIFE serait un outil précieux dont pourrait aussi se doter la Mauritanie. Mais, Monsieur le Ministre, faut-il le dire, les communes ont aussi besoin pour se développer de partenaires eux-mêmes efficaces. Deux de ces partenaires sont particulièrement importants, la société civile et les services déconcentrés de l’Etat. Il faut rapprocher les ONG et les organisations professionnelles des communes et s’assurer en même temps que leurs capacités propres en fassent des partenaires solides. Le vaste programme de formation les concernant mis au point par le Commissariat à la lutte contre la pauvreté est à ce titre un atout majeur, pourvu qu’il se fixe clairement pour objectif opérationnel de favoriser la coopération entre communes et ONG. En ce qui concerne les services
déconcentrés de l’Etat, il est difficilement imaginable qu’ils
puissent continuer à être des partenaires affaiblis si les
communes devenaient plus fortes, surtout que c’est à travers eux
que transitent les concours publics ! Si vous me permettez ce trait philosophique,
dans tout système humain, institutionnel, politique ou social il
est indispensable que les forces en présence ne soient pas trop
déséquilibrées, sinon la force la plus faible est
appelée à disparaître ou à être asservie
par l’autre. L’histoire des hommes et des nations est pleine de preuves
de cette loi de la nature ; et ce ne sont pas les événements
qui se déroulent en ce moment même sous nos yeux à
travers le monde qui le démentiront.
Monsieur le ministre, permettez-moi de conclure ces quelques observations concernant le lien étroit qui unit la lutte contre la pauvreté, la gouvernance locale et la déconcentration des services de l’Etat en rappelant que la décentralisation est aussi un instrument et une condition d’un progrès rapide de la démocratie car elle ouvre la porte au débat démocratique et implique une pratique intense de ce débat. Ce qui veut dire que plus la décentralisation sera forte en Mauritanie, plus la démocratie s’y développera rapidement. Le Forum de Maputo sera l’occasion pour la délégation mauritanienne d’échanger des idées et des expériences sur tous ces sujets avec les autres pays et donc d’affiner ses stratégies nationales de décentralisation et de lutte contre la pauvreté. Je vous remercie
|
| |ACCUEIL | FAO | FNUAP | HCR | OMS | PAM | PNUD | UNICEF | BANQUE MONDIALE | ONUSIDA | |
|
|