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| Entretien du Coordonnateur Résident à L'Essor |
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Ingénieur agro-économiste
ayant travaillé pour la coopération bilatérale, le
secteur privé, la FAO et la Banque Mondiale avant d’occuper son
poste actuel de Représentant Résident du PNUD et Coordonnateur
Résident du Système des Nations Unies en Mauritanie, Michel
de La Taille a consacré toute sa carrière au développement.
Une carrière qui a commencé au Brésil et s’est poursuivie
sur le terrain pendant une quinzaine d’année, dont dix en Afrique
de l’Ouest. Cette expérience dans les pays a été à
la fois opérationnelle et conceptuelle puisqu’elle a concerné
la direction des projets et des fonctions de programmation et de conseil
dans le secteur rural.
Pendant les quinze années qu’il a passé au siège de la FAO à Rome, Michel de La Taille a assumé des responsabilités diverses : liaison avec le Programme alimentaire mondiale, direction des Services administratifs de la FAO, direction du Secrétariat chargé de préparer la Conférence internationale sur al nutrition et Inspection des programmes de terrain de la FAO. |
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L’ESSOR:
Monsieur le Représentant résident nous allons commencer par
vous demander votre appréciation de la Coopération entre
la Mauritanie et le Pnud?
Michel de La Taille : Je préférerais m’adresser à vous en ma qualité de coordonnateur du Système des Nations Unies, mais je vous répondrais aussi en tant que représentant résident du Pnud. Disons pour commencer que les relations entre les Nations Unies et la Mauritanie se caractérisent par une grande confiance mutuelle. Cette confiance est indispensable car nous travaillons beaucoup sous forme de plaidoyer pour que se réalisent les grands objectifs des conférences internationales. Ces plaidoyers sont parfois délicats. Mais, je dirais que pour le Pnud, c’est aussi un très grand plaisir de travailler avec les autorités mauritaniennes qu’elles soient publiques ou privées; non seulement à cause de cette relation de confiance, mais également parce que le dialogue est emprunt généralement d’une grande franchise, ce qui permet à chacun de faire valoir son point de vue sans pour autant porter ombrage à la relation elle-même quand nous ne sommes pas d’accord sur un point particulier. |
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Vous
intéressez-vous comme la Banque mondiale au secteur privé?
Bien entendu. D’abord parce que le rôle du secteur privé est fondamental pour le développement de toute économie. Ensuite, parce qu’en Mauritanie il y a peu d’opérateurs privés structurés et un secteur informel important. Nos interventions sont cependant ciblées seulement sur les aspects de gouvernance, puisque c’est dans ce domaine que nous avons un avantage comparatif. C’est à dire que nous essayons de répondre à des questions comme: Comment organiser le secteur informel ? Comment l’amener à jouer son rôle dans la création d’emplois et la production nationale ? Comment établir un dialogue constructif entre l’Etat et le Secteur privé pour améliorer l’environnement des affaires ? C’est ce qui nous a amené à aider à organiser une chambre des métiers. Je pense d’ailleurs que la prochaine session parlementaire doit se pencher sur cette question. Concernant le dialogue Etat / Secteur privé, une avancée importante a été faite récemment avec la création d’un Secrétariat autonome pour entretenir le dialogue entre le privé et le public. |
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Et
avec la Société Civile ?
En ce qui concerne la société civile, nous affirmons que ce sont les organisations non gouvernementales qui ont les meilleures chances et les meilleures compétences pour discuter, convaincre et aider les communautés. Tant que la société civile n’est pas globalement plus efficace, il sera donc difficile d’avoir des programmes de lutte contre la pauvreté efficaces, enracinés à la fois dans les communautés rurales et urbaines. C’est une dimension qui nous préoccupe beaucoup en Mauritanie car la société civile n’est encore ni organisée, ni structurée. En plus, elle n est pas suffisamment formée pour que les partenaires puissent compter pleinement sur elle pour mettre en œuvre des projets de développement. Nous essayons donc de faire plusieurs choses à la fois. Nous essayons d’abord d’aider le Commissariat à la Lutte contre la Pauvreté à renfoncer la capacité de la société civile grâce à un plan de formation qui vient d’être préparé. L’une des caractéristiques de ce plan consiste à utiliser les actions confiées aux ONG comme support pour les former sur le plan de la gestion, de l’organisation et dans leur domaine technique. Cette formation est en outre l’occasion d’encourager la structuration de la société civile. Par ailleurs, nous avons encourage la création à Nouakchott d’un cyberforum pour la société civile qui s’avère être un support extrêmement efficace pour l’inciter à s’organiser. Il concerne trois grands groupes de la société civile, les ONG, les journalistes et l’association des maires. On peut dire déjà que le bilan est largement positif. En moins de quatre mois les ONG ont réalisé des progrès considérables, non pas parce qu’elles ont créé de nouvelles structures, mais parce que simplement les ONG et les réseaux d’ONG ont réussi à se rapprocher, à dialoguer, à parler de projets et de programmes communs. Certaines ONG ont même déjà réussi à décrocher des financements extérieurs grâce à Internet. Des ONG féminines ont lancé dernièrement un site au cyberforum dans lequel on trouve d’ailleurs un site très intéressant sur la femme mauritanienne. Le Commissariat à la lutte contre la Pauvreté voudrait élargir cette expérience à l’intérieur du pays en liaison avec des programmes de renforcement des capacités des communes. Nous le soutiendrons sûrement avec d’autres bailleurs de fonds dans cette entreprise. Nous aurons à intervenir également au niveau de la presse car les journalistes jouent un rôle fondamental dans le fonctionnement des institutions démocratiques et, en Mauritanie, la presse a besoin de se développer, de s’organiser. En ce qui concerne les maires, nous allons d’abord aider le gouvernement à faire le bilan de la politique de décentralisation de ces dernières années et à renforcer les capacités des communes. L’idée du gouvernement de faire le bilan de quinze ans de politique de décentralisation pour décider de sa stratégie et de ses programmes pour les dix ou quinze prochaines années. Le cyberforum peut d’ailleurs jouer un rôle intéressant pour la formation des maires car leur capacité à communiquer entre eux va faciliter les échanges d’expérience et donc diffuser plus rapidement celles qui sont réussies et conduire à plus de cohérence dans les actions communales. C’est important, car les maires auront un rôle de plus en plus déterminant dans le développement au cours des prochaines années. |
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Est-ce
que les Nations unies ne sont pas un peu à l’origine de l’initiative
de lutte contre la pauvreté?
Il faut que je fasse un tout petit peu d’histoire pour répondre à votre question. Sur la scène internationale, les Nations unies essaient depuis une vingtaine d’années de convaincre la communauté internationale que la lutte contre la pauvreté est un objectif fondamental pour le développement économique et social. Il est, en effet exclu, voire impossible, de développer un pays avec des taux de pauvreté comme ceux qu’on observe aujourd’hui dans presque tous les PMA, les Pays les moins avancés. Au cours des 20 dernières années, on a donc essayé de convaincre la communauté internationale qu’il fallait lutter contre la pauvreté pour accélérer la croissance et installer un développement durable. Ce n’était pas facile parce qu’on s’est heurté à des positions presque idéologiques. Pendant longtemps, il s’est trouvé beaucoup d’experts pour prétendre que la croissance avait certes un coût social, mais qu’il fallait le payer au début, quitte à mettre des filets de sécurité, car c’était le prix du développement. Avec une croissance maîtrisée, affirmait-on, la pauvreté sera finalement réduite. Malheureusement, je crois que 30 ans de discussions et d’expérience ont démontré que cette hypothèse était fausse; la croissance ne fait pas nécessairement reculer la pauvreté; ni ne conduit généralement à plus de justice sociale. En réalité, elle peut même exacerber les tensions sociales. Je crois que cette phase d’incompréhension mutuelle entre les tenants d’une croissance qui serait distributive par nature, et ceux qui ont formulé une thèse opposée, tout aussi radicale, en disant qu’il suffit de lutter contre la pauvreté au niveau des communautés pour induire le développement national, est maintenant dépassée grâce au plaidoyer de l’ONU au cours des deux dernières décennies. Nos organisations légitimement fières de constater que le plaidoyer de la communauté internationale a permis de déboucher chez les principaux bailleurs de fonds sur une vision consensuelle du rôle central de la lutte contre la pauvreté dans les politiques de développement économique. La situation en Mauritanie est, à mon avis, le reflet de ce parcours international. C’est, en effet, à l’issue d’un plaidoyer de nos agences en Mauritanie qu’en 1994 le gouvernement a décidé de préparer son premier plan de lutte contre la pauvreté. Mais, à l’époque, ce plan ne bénéficiait pas encore du soutien des autres bailleurs de fonds. C’est pourquoi le plan d’action est resté relativement général et n’a pas été vraiment traduit en termes opérationnels. En 97, à l’occasion de la réunion du Groupe Consultatif, le plaidoyer du gouvernement soutenu par les agences des Nations unies a été encore plus pressant, ce qui a amené le Groupe à prendre en considération un nouveau plan de lutte contre la pauvreté, cette fois plus précis et à l’intégrer dans le document cadre de politique économique du pays. C’est l’une des raisons qui explique d’ailleurs que la Mauritanie ait été prête en décembre 99 pour préparer son Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté. Elle pouvait ainsi faire l’économie de phases intérimaires nécessaires dans d’autres pays. Dans la préparation du Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté lui-même, notre rôle a été discret comme c’est de tradition chez nous. Nous avons essayé de convaincre, sans nous substituer aux experts nationaux, et nous n’avons évidement jamais avancé de conditionnalités d’aucune sorte. |
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Existe-t-il
une opposition idéologique sur ce plan entre le système des
Nations unies et les institutions de Bretton Wood?
Non, je ne pense pas qu’il faut le voir comme cela. Il ne faut pas voir le problème d’un point de vue institutionnel. Les institutions de Bretton Wood sont un creuset de compétences indiscutables qui reflètent la pensée dominante du moment, elle-même résultat de l’évolution de la pensée universelle. Il faut tout de même rappeler que dans les années 50-60, il existait déjà des gens défendant une théorie de la lutte contre la pauvreté. Souvenez-vous de “Croissance et développement” ce célèbre ouvrage de François Perroux dans les années 50 où il était expliqué que ce n’est pas parce qu’il y a croissance qu’il y a développement. Des gens, y compris dans les institutions de Bretton Wood, ont continué sur la même ligne de pensée pendant toutes ces années, ce qui a abouti à forger un nouveau paradigme consensuel parmi les partenaires de l’aide au développement. On ne peut donc plus parler d’opposition de vue entre nous. Les théories du développement ont finalement été réconciliées. Il faut cependant rester vigilant car il reste des inconditionnels de l’un ou l’autre extrême. |
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Les
Nations Unies ont pris je crois des initiatives bien avant les institutions
de Bretton Wood. Je pense notamment à l’initiative ONUSIDA.
Oui, c’est compréhensible; vous ne pouvez vous occuper du SIDA que le jour où vous découvrez que la pauvreté et le SIDA sont intimement liés et constituent des obstacles majeurs à la fois à la croissance et au développement. Vous ne vous occuperez du SIDA que lorsque vous aurez accepté dans votre théorie du développement que réduire la pauvreté est un objectif prioritaire car la persistance et, à fortiori, l’accroissement de la pauvreté, pourraient remettre en cause 20-30 ans d’effort de croissance économique, c’est à dire, les efforts de deux ou trois générations. Effectivement l’Onu a pris l’initiative en matière de SIDA parce que c’était conforme à ses préoccupations, à sa théorie du développement. S’occuper de ce qui touche à la pauvreté, à la vulnérabilité sociale, qu’il s’agisse des enfants, des femmes, des handicapés, est vraiment au centre de nos préoccupations parce que nous cherchons à lever dans la société et dans son fonctionnement les blocages de son développement. Mais il y a d’autres blocages importants comme la sécurité alimentaire et le manque d’eau dans les zones rurales ou périurbaines. Ce sont là des réalités sociales qu’il faut traiter prioritairement dans une recherche d’un développement durable. Si vous partez du principe que la croissance économique va permettre automatiquement de créer des points d’eau parce qu’elle crée la richesse nécessaire, vous n allez pas vous préoccuper du manque de points d’eau; vous n’allez pas vous occuper de la sécurité alimentaire, du SIDA et de la situation des femmes et des enfants. En période d’ajustement structurel, vous allez vous occuper de restaurer les grands équilibres parce que c est indispensable au progrès économique. Comme je l’ai déjà dit, aujourd’hui, plus personne ne nie que ces ajustements sont nécessaires, mais on affirme aussi qu’il faut en même temps lever les blocages qui empêchent les populations de participer au développement. Lutter contre le SIDA est l’un de ces obstacles. |
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Peut-on
dire que les institutions de Bretton Wood sont un peu à l’école
des Nations Unies?
(Rires). Je crois que vous tirez des conclusions pour le moins précipitées. Non, je n’accepte pas ce raccourci. Je crois que la pensée universelle évolue sous la pression des pensées influentes qui la constituent à un moment donné et donc des synthèses qui s’élaborent progressivement. Les institutions de Bretton Wood constituent une cible attirante pour la critique parce qu’elles sont perçues comme ayant le pouvoir de l’argent qui leur est donné par la communauté internationale pour aider les pays à se développer. C’est une perception trop superficielle et à court terme, même si certains la considèrent comme une vision réaliste. Sur le long terme, et le développement est un effort à long terme, le pouvoir ce n’est pas seulement l’argent, c’est aussi les idées. Mais les institutions qui se battent pour des idées sont elles-mêmes une cible intéressante car on ne peut construire des routes ou manger avec des idées, il faut de l’argent. Je crois que les idées et l’argent ont des rapports qui ne sont pas simples parce qu’ils obéissent à des logiques différentes. Au sein même des institutions de Bretton Wood, cette cohabitation n’est pas toujours facile. |
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Quelle
est la position de la Mauritanie dans le dernier rapport sur le développement
humain?
La position de la Mauritanie est à la fois bonne et mauvaise. Elle est bonne parce que le pays a gagné 14 points en huit ans, ce qui est un progrès important. Elle est ainsi passée de la l6lème place sur 173 en 1990 à la 147ème sur 174 en 1998. Elle est mauvaise parce que le pays peut légitimement avoir l’ambition d’être encore mieux placé. Notez tout de même que parmi les 27 pays derrière la Mauritanie vous trouvez des pays qui vous surprendront. Vous pourrez les identifier dans le rapport sur le développement humain durable à l’échelle mondiale, publié par le Pnud. La raison en est que les pays sont classés selon un indice composite qui tient compte non seulement du niveau de revenu mais aussi de la santé, de l’éducation et des autres indicateurs de développement humain durable. D’ailleurs, cet indicateur composite, qui a fait l’objet d’un plaidoyer intense de la part du Pnud, est aujourd’hui largement utilisé dans le monde par les économistes, car il tient compte de notions plus profondes et plus larges que le seul critère du revenu. |
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A
quoi attribuez-vous ce saut en avant de la Mauritanie?
C’est une question complexe. Beaucoup de gens se posent d’ailleurs cette question. Pour y répondre, permettez-moi de formuler un constat à mon sens essentiel, à savoir que la Mauritanie a décidé tardivement de s’intégrer à la Communauté Internationale. Elle a décidé encore plus tardivement de se donner les moyens de cette intégration, si bien que ses effets ne se sont faits sentir que tardivement. Mais quand ils se sont fait sentir, cela s’est passé dans une période relativement courte. Ce qui caractérise aujourd’hui la politique de développement de la Mauritanie, à mon avis, c’est cette volonté de rattraper le temps perdu en s’arrimant à la mondialisation, en s’ouvrant sur l’extérieur. La décision qui vient d’être prise de changer les jours de repos de la semaine s’inscrit bien dans ce registre. Plusieurs indices partiels de l’indice composite sont à l’origine de cette avancée de la Mauritanie dans la classification. Ces indices ont récemment et brusquement évolué favorablement. C’est le cas par exemple des taux bruts de scolarisation ou de l’espérance de vie. Pourquoi ces indices ont-ils évolués rapidement ? Je pense que c’est principalement parce qu on a pris conscience relativement récemment, du moins à l’échelle de ce type de progrès, de l’importance d’une éducation pour tous et d’une scolarisation à chance égale pour les filles. Cette prise de conscience a amené les autorités à prendre des décisions drastiques. J’ai d’ailleurs envie, à ce sujet, de faire une comparaison avec d’autres pays dans lesquels j’ai travaillé. En Mauritanie, on prend peut être plus de temps à se décider; les processus de décision sont mêmes parfois un peu lourds, voire timorés parce que de nombreux archaïsmes de la société font obstacle au progrès. Mais une fois la décision prise, elle est appliquée plus vite et mieux que dans bien des pays. J’ai travaillé dans certains pays où on prend très vite une décision, parfois même seulement pour se sentir en phase avec ce qu a l’extérieur on considère comme un progrès, mais la mise en œuvre de ces décisions traîne davantage, voire n’a pas lieu. Tout ne va pas très bien, c’est évident. Mais on vient de tellement loin que ces progrès sont très sensibles et très visibles. C’est le cas de l’éducation, comme je viens de le dire, mais c’est aussi le cas de l’approvisionnement en eau, des soins de santé et de l’alphabétisation des adultes qui est passée de 34 à 56 % en 8 ans. Plus il y a de progrès, plus il y a d’exigence pour un progrès plus rapide, c’est légitime. On est certes encore loin d’une situation satisfaisante, mais des progrès considérables ont été enregistrés, c’est indéniable, et cela se reflète dans les statistiques. |
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Quelles
sont les nouvelles orientations du Pnud?
Le Pnud vit de ressources données volontairement par les pays membres. Or, il y a eu ces dernières années un tel besoin d’aide sur la scène internationale, notamment à cause de l’Europe de l’est et des opérations d’urgence, que l’aide au développement pour l’Afrique, qui est le continent prioritaire pour le Pnud, a diminué, et ceci d’autant plus que les pays donateurs étaient eux-mêmes confrontés à une crise économique. La diminution de nos ressources nous a donc amené à réfléchir sur la façon dont nous pourrions en tirer le meilleur parti, avec l’idée qu’ainsi on pourrait aussi en mobiliser davantage. Cette réflexion nous a amené à mieux cibler nos actions. Il faut rappeler que notre ambition est de contribuer significativement à réduire la pauvreté de moitié d’ici à l’an 2015, objectif qui a été fixé par le Sommet du Millénaire. Nous ne pouvons réaliser cette ambition si nous utilisons nos ressources principalement au niveau des communautés. Un calcul arithmétique simple montrerait en effet que cela serait impossible puisque si on prenait l’ensemble des ressources du Pnud et on les répartissait sur les communautés qui en ont besoin, notre impact sur la pauvreté dans le monde serait tout à fait marginal étant donné le nombre de communautés nécessiteuses. Nous avons donc cherché les points d’application de notre aide où le rapport coût/bénéfice est le plus élevé en terme de lutte contre la pauvreté et où nous avons un avantage comparatif résultant de notre expérience et de notre présence dans tous les pays. Nous sommes arrivés à la conclusion, et les pays membres en ont été d’accord, que les priorités du Pnud seront désormais, dans le cadre général de l’objectif de lutte contre la pauvreté, la gouvernance, l’environnement, les nouvelles technologies et la lutte contre le SIDA. Priorités auxquelles il faut ajouter, pour les pays qui sont concernés, la prévention des conflits ou la réhabilitation des économies des sociétés en crise. Mais je voudrais ajouter que l’Assemblée générale des Nations unies a aussi demandé à toutes les organisations du système des Nations unies de chercher à maximiser la cohérence d’ensemble de leurs programmes afin de trouver des synergies entre elles. D’où la décision qui a été prise par le Secrétaire général de demander aux organisations d’harmoniser leur cycle de programmation et leurs programmes sur la base d’une vision commune de la situation et des priorités des pays bénéficiaires de leur action. Pour la Mauritanie, ce bilan est presque achevé et a été grandement facilité par la préparation du Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté. Nous allons commencer la préparation de notre programmation commune, connue sous le terme de UNDAF, dans les semaines qui viennent. Ceci ne veut pas dire que toutes les actions seront conduites en commun, mais qu’elles seront guidées par des objectifs communs et que l’on tirera parti de la complémentarité des différentes approches. Mais nous aurons aussi des réalisations en commun. C’est le cas, par exemple, d’un projet en faveur de l’éducation des filles qui a pour objectif de réduire le départ des filles à la fin du premier cycle, et à la fin de la première partie du second cycle. |
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Il
vous arrive certainement de visiter des réalisations financées
par le système des Nations Unies. Qu’en pensez-vous?
De telles visites sont encore trop rares à mon goût. Mais j’ai pu tout de même en faire plusieurs. Par exemple, j’ai été impressionné dans l’Assaba par la maturité des maires des communes et leur sens des responsabilités, et ceci est le fruit direct du travail du programme Assaba financé par le Fenu et le Pnud. J’ai été aussi impressionné par la motivation des groupements de femmes qui font de l’artisanat, par leur fierté et leur dynamisme. J’ai d’ailleurs observé la même chose dans certains projets que j’ai visité ici à Nouakchott en faveur d’autres groupements féminins. Je trouve la femme mauritanienne très active et responsable. C’est très encourageant, car c’est un atout majeur pour un développement durable. Monsieur de La Taille, imaginez la Mauritanie, mettons ...dans cinq ans. Un grand chantier, un foisonnement d’activités, d’innovations, de changements, de décisions difficiles; et donc peut être de périodes d’instabilité car les changements profonds génèrent toujours de l’instabilité. Ce risque est réel, et c’est tout à l’honneur du Chef de l’Etat de l’assumer en engageant le pays dans la voie d’un progrès accéléré. La société civile jouera un rôle de premier plan pour moderniser la société et ses institutions, et pour faire pénétrer dans toutes les couches de la société une vision du progrès compatible avec les valeurs spécifiques de la société mauritanienne que le pays veut préserver. La poursuite des objectifs du Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté ou plus généralement de la politique de développement du pays constitue assurément un grand défi pour le gouvernement et le peuple mauritanien. Il va falloir beaucoup de patience et de détermination et aussi un grand sens des responsabilités et de la solidarité nationale. |
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Quelles
sont selon vous les sources de croissance des prochaines années
en Mauritanie?
Vous avez vu que le Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté prévoit de diversifier la base productive de la Mauritanie parce qu’il ne saurait y avoir de croissance stable et durable qui s’appuierait seulement sur la pêche et le fer. Cette diversification doit se faire dans tous les secteurs. Mais je crois que le développement des produits de l’agriculture, de l’élevage et des services devrait retenir plus particulièrement l’attention. Je crois qu’on doit absolument matérialiser l’objectif de diversification si on veut atteindre l’objectif de croissance économique fixé. Par ailleurs, la Mauritanie a une longue tradition de commerce et un véritable savoir faire dans ce domaine qu’il faut exploiter davantage. Les entrepreneurs et les commerçants mauritaniens ont d’ailleurs un dynamisme tel que je n’ai pas beaucoup d’inquiétudes à ce sujet une fois que la stratégie et les programmes de développement du commerce extérieur en cours de préparation seront adoptés. Ce qui est sans doute plus difficile à réussir c’est la diversification de la base productive dans le secteur rural, alors qu’il s’agit là d’un facteur clé pour la lutte contre la pauvreté. Le risque est, en effet, que cette difficulté fasse passer cette priorité au second plan, car c’est dans la nature des hommes de préférer commencer par le plus facile ! J’espère pourtant que les grands projets régionaux financés par la Banque mondiale sur le fleuve (le PDIAM) et dans la zone pluviale (le PGRNP) ou par d’autres sources, je pense notamment au Fida dans la zone oasienne ou au Fenu et au Pnud dans l’Assaba permettront d’atteindre cet objectif. Il faudra pour cela savoir coupler les efforts de ces projets régionaux avec des actions ponctuelles au niveau des communautés qui soient conduites par des ONG ou des projets dont c’est l’objectif. Je pense par exemple à un projet financé par l’Italie qui devrait bientôt démarrer dans plusieurs zones pluviales et oasiennes. Enfin, n’oublions pas que le succès même de la lutte contre la pauvreté contribuera à la croissance en créant une demande interne plus élevée. Propos recueillis par
Cheiguer en mars 2001
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LA NOUVELLE APPROCHE C’est décidé. Les agences du système des Nations Unies représentées en Mauritanie harmoniseront leur cycle de programmation à compter du 1er janvier 2003. Pour s’y préparer, elles effectueront en 2001 le Plan cadre des Nations Unies pour le Développement (UNDAF), en liaison étroite avec le Gouvernement et plus particulièrement avec le processus d’élaboration du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté. Le Plan Cadre des Nations Unies pour l’aide au Développement, qui s’inscrit dans le programme de réforme lancé par le Secrétaire général en 1997 dans le but de préparer l’Organisation des Nations Unies aux tâches du 2lème siècle, a pour but d’introduire une cohérence accrue dans les programmes d’assistance avec des objectifs et un calendrier communs à tous les pays. Sur la base des principes universels énoncés dans la Charte des Nations Unies, la communauté internationale a défini un ensemble d’objectifs et d’indicateurs qui figurent dans les différentes Conventions et Plans d’action issus des grandes Conférences internationales. Tous ces instruments réaffirment les droits essentiels de la personne humaine, et en particulier le droit au développement, chaque individu en étant à la fois le moteur et le premier bénéficiaire. C’est dans cette perspective qu’au cours de l’année 2000, le Système des Nations Unies et le gouvernement mauritanien ont procédé à une analyse de a situation nationale, ciblée les secteurs prioritaires pour le pays appelée “Bilan commun de pays” Le CCA est un processus participatif conduit au niveau national qui vise à examiner l’état actuel du développement dans un pays et à identifier et analyser es questions clés de celui-ci. La Mauritanie qui figure parmi les premiers pays bénéficiaires de l’initiative renforcée de réduction de la dette (PPTE 2) s’est engagée à préparer sur une base participative un Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP) à l’horizon 2015. Ses objectifs essentiels sont d’instaurer les conditions d’une forte croissance économique et d’une utilisation optimale des ressources, et de diminuer la pauvreté. Le CSLP, dont la préparation est étalée sur 2000-2001, insère la lutte contre la pauvreté dans le cadre général du développement, qu’il s’agisse des aspects institutionnels et structurels, macro-économiques et financiers, sociaux et humains, ou des éléments physiques. Il intègre par ailleurs les objectifs et les plans d’action des Conférences des Nations Unies. Le CCA est lui aussi particulièrement ciblé sur la lutte contre la pauvreté et les secteurs prioritaires pour le pays, compte tenu du mandat des agences des Nations Unies. Il rejoint donc les importants exercices en cours au niveau national, en particulier l’élaboration du CSLP, et les appuiera par une approche innovante en termes de processus participatif, d’approche qualitative de la pauvreté et d’approfondissement de l’analyse dans des secteurs clés. Par une appréhension multisectorielle nécessaire, le CCA évaluera, à travers l’observation d’indicateurs clés, le niveau et l’évolution de la situation dans les domaines suivants: Niveau de pauvreté, Sécurité alimentaire et nutrition, Santé et mortalité, Santé en matière de reproduction, Santé et protection de l’enfance, Education, Egalité entre les sexes et autonomisation des femmes, emploi et moyens de subsistance durables, habitat et équipements de base (accès à l’eau et assainissement), Environnement, Lutte contre la drogue et prévention du crime. |
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Dans
le cadre du projet “Éduquer les adolescentes
pour soutenir le développement des communautés”, l’ONU
a accordé le 22 février dernier à la Mauritanie un
financement de 1,5 million de dollars (soit 345 millions d’Ouguiyas). Ce
projet couvre l’Assaba, le Brakna, le Gorgol et le Guidimakha. Il permettra
d’augmenter le taux de scolarisation des filles dans ces quatre wilayas
et d’éliminer la disparité entre genres et régions
en matière d’éducation et de renforcement des capacités.
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